Baudelaire et la méditation



En échangeant avec un ami qui traverse une période sombre, me sont revenus en tête quelques vers du poème Élévation, de Baudelaire. Car quoi de mieux pour soutenir l’Homme dans la difficile tâche de vivre que l’art ou la méditation ?

Baudelaire, qui fut mon soutien, à moi aussi, dans bien des moments de désespoir, passa sa vie déchiqueté entre sa profonde aspiration au bien (l’Idéal) et la pesante existence de l’Ennui, du Mal, et du Spleen. Ces derniers gagnèrent son âme et l’entrainèrent dans un malheur et une solitude qui ne prirent fin qu’à sa mort...

J’aimerais qu’il ait pu rencontrer un jour un véritable maître de méditation pour lui montrer une voie lui permettant de trouver la légèreté de l’esprit, qu’il avait si bien pressentie dans ce poème, si bien décrite et espérée… Parallèlement, il écrivit tant sur la mort, le temps, le désespoir et l’ennemi que chacun possède en lui-même, qu’il aurait probablement immédiatement compris que le méditant n’est pas celui qui travaille sur le bien-être, le développement personnel et la réussite, mais celui qui chemine avec la mort.

Tout cela n’étant probablement, en réalité, qu’un prétexte pour vous partager ses vers, les voici :

Élévation

Au-dessus des étangs, au-dessus des vallées,

Des montagnes, des bois, des nuages, des mers,

Par delà le soleil, par delà les éthers,

Par delà les confins des sphères étoilées,

Mon esprit, tu te meus avec agilité,

Et, comme un bon nageur qui se pâme dans l’onde,

Tu sillonnes gaiement l’immensité profonde

Avec une indicible et mâle volupté.

Envole-toi bien loin de ces miasmes morbides ;

Va te purifier dans l’air supérieur,

Et bois, comme une pure et divine liqueur,

Le feu clair qui remplit les espaces limpides.

Derrière les ennuis et les vastes chagrins

Qui chargent de leur poids l’existence brumeuse,

Heureux celui qui peut d’une aile vigoureuse

S’élancer vers les champs lumineux et sereins ;

Celui dont les pensers, comme des alouettes,

Vers les cieux le matin prennent un libre essor,

– Qui plane sur la vie, et comprend sans effort

Le langage des fleurs et des choses muettes !

Charles Baudelaire


Émilie – 16 décembre 2021

65 vues0 commentaire

Posts récents

Voir tout